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10.10.2007

L'Europe pense votre avenir pour vous

Le futur du système éducatif, plein de gens y pensent pour vous. Notamment, la commission européenne. Mais la commission européenne pense à plein de choses à votre place. Petit tour d'horizon.

Le groupe STRATA-ETAN, établi en 2001, rassemble un panel d'experts choisis pour instaurer une réflexion sur l'avenir de l'enseignement supérieur en Europe, cf.  sur le site CORDIS de la Commission européenne: http://cordis.europa.eu/foresight//reports.htm. Florilège de rapports:

  • Higher Education and Research for the ERA: Current Trends and Challenges (2002). Rapport disponible en allemand, anglais, français. On y met en particulier l'accent sur une attitude de plus en plus consumériste des bénéficiaires du système de l'enseignement, les étudiants devenant de plus en plus des "clients" qui viennent se former dans un but de professionalisation, par contraste avec les attitudes du passé (surtout à l'université), qui voulaient que l'on vienne "apprendre pour le plaisir d'apprendre". On y évoque un certain nombre de scénarios possible sur l'évolution du système de l'enseignement supérieur à moyen terme. Certaines perspectives sont intéressantes, d'autres sont un peu plus inquiétantes.
  • Measures to Improve Higher Education/Research Relations in order to Strengthen the Strategic Basis of the ERA (2003). Rapport disponible en anglais. On y fait un inventaire des mesures conseillées pour améliorer les liens entre enseignement supérieur et recherche, notamment promouvoir la recherche socio-économique, les réseaux, la pluridisciplinarité des sujets de recherche doctorale, le développement d'un doctorat industriel, etc.
  • Changing Professions in 2015 and Beyond (2006). Rapport disponible en anglais. Les experts fontun inventaire des facteurs susceptibles de modifier la nature et les pratiques des professions, en tant qu'affectées par les technologies de l'information et de la communication. On y étudie plus précisément les chagements prévisibles dans les secteurs de l'agriculture, la santé, les transports et l'administration.

Le point commun de ces prospectives est l'avis, unanimement partagé, que la hiérarchie des capacités au travail va être fondamentalement modifiée dans les années à venir:

  • la flexibilité du travail serait amenée à croître, en particulier grâce aux développements des technologies de l'information. Les organisations (= les entreprises, etc. seront poussées vers des structures d'organisation toujours plus "virtuelles", où les équipes et les services pourront être dissous et recomposés au gré de la demande. Le rapport pointe non sans raison que "a major organizational challenge is to resolve the tension between the need for a secure environment to nurture employee initiative and the potential insecurity due to the unfamiliar work relationship". A noter que cette dernière citation est tirée d'un rapport de l'OCDE, lequel n'y va en général pas avec le dos de la cuiller dès qu'il s'agit d'accroître la compétitivité de l'entreprise, sans considération en général pour les rapports humains...
  • l'obsolescence des savoirs va s'accélérer, c'est-à-dire que les connaissances que l'on acquiert à une date donnée seront périmées de plus en plus rapidement. Ainsi, le rapport estime que, dans les disciplines technologiques, 20% des connaissances détenues par les professionnelles deviendront obsolètes dans l'année;
  • la quantité d'information disponible et à traiter va croître. Le rapport cite une publication du ministère allemand de l'éducation et de la recherche estimant que le traitement de l'information sera, dans quelques années, la tâche principale de 80% des travailleurs;
  • pour les travailleurs non qualifiés, le 3ème rapport est clair là-dessus: ça va être bien pire pour eux. La pression ne sera probablement pas causée par les changements technologiques, mais par les exigences accrues de flexibioité et de productivité.

Les recommandations vont toutes dans le sens d'une "adaptation pro-active" des pratiques d'enseignement. Traduisez: une politique incitative de la part de l'Europe, qui distribuera les financements - y compris à l'enseignement supérieur, d'ailleurs c'est déjà le cas lorsque l'on examine ce qui se passe avec les financements de programmes Erasmus Mundus et autres.

Le rapport Changing Professions... prône la production, par le système éducatif, de "creative learners" (apprenants créatifs). Ceux-ci se définissent comme des personnes capables d'identifier par eux-mêmes les nouveaux problèmes, à transposer les savoirs d'un contexte à un autre, la capacité à apprendre de façon incrémentale (et surtout la croyance que ce la est vrai) et, enfin, la capacité à maintenir son effort dans la poursuite d'un et/ou plusieurs objectifs. Le travailleur de l'avenir devra être capable d'apprendre continuellement tout au long de sa vie professionnelle ("lifelong learning" et "continuing education").

Cette apologie de la flexibilité au travail et dans l'apprentissage et l'accroissement prévu de sa versatilité sotn tout de même tempérés, à la fin du rapport, par ces considérations: parfois, un peu de stabilité dans le processus d'innovation peut être profitable à ses acteurs... Autrement dit, il n'est peut-être pas mauvais de s'arrêter un peu pour réfléchir de temps en temps ?

Une prochaine fois, visite des rêves éveillés des parangons des "technologies convergentes". Bienvenue dans le futur...

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