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31.01.2007

Théorème n°3: endogamie du service public

L'auto-reproduction, ou endogamie, est une propriété des oligarchies. Elle en est non seulement la conséquence, mais une condition nécessaire.

Une oligarchie est obligée de produire ses propres élites, sinon elle ne pourra pas se maintenir. Lorsque les élites n'ont pas les moyens (matériels, financiers) de se reproduire elles-mêmes, elles procèdent par sélection; sélection au niveau de l'embauche ("recrutement" en langage de fonctionnaire) ou de la progression de carrière ("promotion" dans la langue du service public Français). Le principe est de choisir, parmi la matière première disponible (les candidats au recrutement ou à la promotion), la substance la plus conforme aux attentes du système.

Les critères de sélection sont bien entendu définis par les élites. Celles-ci étant responsables de la structure du système, elles définiront tout naturellement des critères qui cadrent avec leur propre profil. Les candidats recrutés ou promus seront donc ceux qui seront les plus semblables aux "chefs" en place.

Que l'on ne se méprenne pas: ce processus n'est pas conscient; les élites sont sincèrement convaincues que leur profil est le meilleur possible. Et dans un sens, c'est vrai, puisqu'elles ont été recrutées selon des règles établies expressément pour elles.

 

Exemple: le recrutement des universitaires. Pour être recruté comme maître de conférences ou professeur d'université, il faut franchir plusieurs étapes:

  1. obtenir un diplôme (doctorat ou habilitation)
  2. se faire qualifier aux fonctions visées
  3. se faire recruter

L'étape de qualification est très spécifique à la France, pays centralisé par excellence. Les futurs candidats ne le savent pas toujours, mais une fois votre doctorat obtenu, vous n'avez pas le droit de poser directement votre candidature à un poste d'enseignant-chercheur dans une université si vous n'avez pas obtenu ce petit machin qui s'appelle "la qualification". Jusqu'à il y a quelques années, on ne vous l'expliquait absoument pas sur le site de l'Education nationale; à présent, on a fait un peu plus de progrès sur la transparence (1 paragraphe succint sur "recrutement").

La qualification consiste à envoyer votre dossier à un organisme, appelé le Conseil National des Universités (CNU), constitué de personnes nommées pour partie et pour partie élues, qui va statuer au niveau national sur votre capacité à candidater sur des postes d'enseignant-chercheur qui seront éventuellement disponibles à l'avenir. Autrement dit, le CNU opère un premier filtrage des candidatures. L'objectif avoué est de garantir la qualité au niveau national des futurs candidats aux postes universitaires (c'est d'ailleurs vrai); mais un des effects est également d'exercer un premier pouvoir de sélection au niveau des candidats potentiels.

Le CNU est composé de "sections", qui regroupent les gens par disciplines; c'est logique, on ne va pas faire statuer un prof de droit sur le dossier d'un physicien nucléaire. Les critères de sélection sont cependant extrêmement variables selon les sections. Certaines vont privilégier le cursus de recherche; d'autre le cursus administratif, d'autres enfin l'expérience d'enseignement.

Mais une chose est sûre: bien qu'il existe des critères "officiels", à moins de connaître quelqu'un qui fait partie de ces sections, vous êtes rarement mis au courant des critères officieux, qui varient d'ailleurs tous les 4 ans avec le renouvellement des membres des sections.

Autrement dit:

  • si vous êtes thésard ou en poste dans une université ou dans un labo dont des personnes siègent au CNU, c'est plutôt bien pour vous;
  • si vous êtes assez malin pour mettre dans votre jury de thèse ou d'habilitation un ou plusieurs membres d'une section du CNU, vous mettez pas mal de chances de votre côté. En effet, on voit mal des gens qui ont fait partie d'un jury de thèse et vous ont donné votre diplôme se désavouer au moment où siège la commission...
  • si vous ne connaissez personne nulle part, votre dossier ferait aussi bien d'être bon!
  • si vous travaillez dans le privé, ou à l'étranger, il y a de grandes chances que vous n'ayez jamais entendu parler du processus de qualification. Alors là, vous êtes mal!

Ensuite, le recrutement. En supposant que vous ayez obtenu votre qualification, il va falloir être recruté. Vous ne pouvez être recruté que sur un poste qui a été "ouvert au recrutement" - dans la fonction publique la candidature spontanée n'existe pas. Et là, deux solutions:

  • soit il n'y a personne déjà en poste dans le labo où vous postulez, et qui ait envie de l'emploi que vous briguez; dans ce cas, on peut espérer que la sélection se fera sur le "meilleur" dossier; 
  • soit il y a un "candidat local", c'est-à-dire un type en poste dans le labo et/ou le département d'enseignement auquel vous postulez, et qui veut lui aussi l'emploi que vous briguez; alors, il faudra être très bon ou que le type en question soit vraiment naze pour vous faire recruter.

Dans tous les cas, tous les arguments peuvent être utilisés pour vous éliminer. Par exemple, on trouve de plus en plus de candidats venant du privé. Sachant que ces personnes vont en général perdre 1/3 de leur salaire en entrant dans l'enseignement (c'était mon cas!), on ne peut pas vraiment douter de leur motivation quand elles postulent sur un emploi d'enseignant! Eh bien, le prétexte le plus souvent invoqué est: "on le rejette car il n'a pas d'expérience d'enseignement". Ceux qui ont travaillé dans le privé savent cependant très bien que vous n'avez très souvent ni le temps, ni l'opportunité d'aller donner des cours à la fac.

Je faisais un jour cette remarque à un collègue chargé du recrutement, qui m'a répondu avec une mauvaise foi délicieuse: "tant pis pour eux, ils n'ont qu'à écrire une phrase dans leurs CV comme quoi l'enseignement les intéresse, mais qu'ils n'ont pas eu l'occasion d'en faire! S'ils n'écrivent pas ça, je ne peux rien pour eux!"

A ton avis, pauvre crétin, ils auraient posé leur candidature à un poste d'enseignant si l'enseignement ne les intéressait pas?

 

D'où le

 

Théorème Fondamental n°3 : "Il vaut mieux démarrer de l'intérieur du système, que hors du système".

28.01.2007

Pouvoir et salaire en bureaucratie

Les salaires sont un objet de protestation quasi-permanent de la part des syndicats de la fonction publique. Les fonctionnaires de l'enseignement et de la recherche sont mal payés, nous dit-on. Cela aurait pour conséquence de favoriser la "fuite des cerveaux" vers des pays plus rémunérateurs, ne laissant dans notre beau pays que les médiocres. D'où la nécessité, selon certains, de payer davantage les fonctionnaires de l'enseignement supérieur, afin de favoriser le retour au bercail des évadés et de prévenir les velléités de fuite de ceux qui ne sont pas encore partis.

Ne vous donnez pas la peine d'essayer: ça ne marchera pas. Ou si ça marche, il n'est pas certain que le remède ne soit pire que le mal.

La vocation, voilà ce qui devrait déterminer une personne à opter pour le métier d'enseignant, de chercheur ou d'enseignant-chercheur. Franchement, confieriez-vous de gaieté de coeur votre enfant à une personne qui a embrassé la carrière d'enseignant uniquement pour le salaire? Je ne pense pas. Par conséquent, la (relative) modestie de la paie des universitaires me paraît une bonne chose.

Un maître de conférences commence à Bac+8 avec un salaire net de 1800 euros environ. Bien sûr, cela peut paraître ridicule en regard des 5000 euros mensuels d'un Bac+3 en sciences économiques qui traverse tous les jours la frontière suisse ou luxembourgeoise pour aller travailler dans le service placements immobiliers d'une banque (j'en connais!) cependant, l'universitaires a pour lui un avantage inestimable: une libeté presque totale dans le choix de sa recherche et de ses méthodes pédagogiques. Et puis, s'il voulait gagner de l'argent, franchement il fallait faire un autre métier.

Si vous voulez garder les bons chercheurs, ne leur offrez pas un meilleur salaire: offrez-leur de meilleures conditions de travail. Selon que l'on travaille dans un labo de l'Ecole Polytechnique ou dans une unité de recherche de l'université Tartempion en pleine province, on n'a clairement pas le même budget pour se payer des ordinateurs, ou même les cartouches de ses imprimantes. Quant au billet de train pour aller assister à tel ou tel congrès, n'en parlons pas: certains de mes collègues mettent plus d'un an à se faire rembourser, ils paient ce genre de déplacement de leur poche!

Le pouvoir vaut salaire. N'oubliez pas que la motivation principale des individus dans une bureaucratie n'est pas le salaire: c'est le pouvoir; pouvoir, non seulement sur les autres, mais également sur son propre destin. Par conséquent, vous n'aurez jamais besoin de payer énormément les bureaucrates, pourvu que vous leur donniez de l'avancement, ou leur permettiez de gagner de petites niches, où personne ne viendra les menacer.

Mis à part les quelques radins indécrottables que l'on rencontre de toute façon à proportion à peu près égale dans n'importe quel milieu social, la plupart de mes collègues seraient prêts à exercer le pouvoir sans augmentation de salaire; d'ailleurs, c'est ce que tentent de faire chaque jour la plupart d'entre eux!

Il ya tout de même des mal payés. Il est indéniable toutefois que les catégories les plus basses de la fonction publique ont connu une perte de pouvoir d'achat considérable en 20 ans. Certains de mes collègues (secrétaires, agents de service principalement) sont obligés d'aller vivre à l'année dans un mobil-home en camping car le loyer d'un appartement en ville est devenu trop élevé pour leur salaire. Oui donc pour une revalorisation des salaires, mais en priorité pour les plus bas d'entre eux. Malgré l'érosion continue de leurs salaires depuis une génération, les gros poissons arrivent encore à bien vivre.

20.01.2007

Productifs, Improductifs

Suite à la question de Lapinos (merci Lapinos!), il apparaît important de définir les notions de productifs, improductifs et travail utilisées dans "Les riches ne travaillent pas".

Un Productif, c'est quelqu'un dont le travail sert directement à la mission de l'entreprise ou de l'organisme qui l'emploie. Son travail est donc tangible, puisqu'il est directement utile à son employeur.

Un Improductif, c'est quelqu'un qui, soit ne travaille pas, soit travaille à d'autres buts que la mission première de l'entreprise ou de l'organisme qui l'emploie, voire travaille à l'encontre de cette mission.

Le travail, c'est toute activité humaine qui transforme une chose en quelque chose d'autre (utile ou non). Le travail est tangible à partir du moment où il a produit des résultats visibles et conformes à son but premier.

Exemples

  1. Productifs: un peintre en bâtiment, un écrivain (quand il écrit un livre), un ingénieur, un enseignant (quand il prépare ou donne ses cours), un policier, un député (quand il siège ou prépare un projet de loi).
  2. Improductifs: un écrivain (quand il va étaler sa vie privée sur un plateau télé), un chef de service (quand il essaie d'apprendre son métier à un ingénieur), un enseignant ou un universitaire (quand il passe sa vie au conseil d'administration de sa fac ou de son laboratoire au lieu de préparer ses cours, d'enseigner ou de faire de la recherche), un ministre de l'intérieur (quand il va étaler sa vie sur les plateaux télé, poser pour les journaux à célébrités ou va faire un tour en banlieue, escorté à la fois des télés et des journaux à célébrités, tout en mobilisant pour sa sécurité des dizaines de policiers qui autrement auraient été mieux employés).
  3. Travail: peindre une façade, écrire un livre, concevoir un procédé, apprendre à lire à des enfants, assurer l'ordre et la sécurité, etc.

19.01.2007

Inégalités sociales d'accès aux grandes écoles

Où ?

Sur le site web de l'INSEE. On y accède par l'URL suivante: http://www.insee.fr/fr/ffc/ficdoc_frame.asp?ref_id=ECO361...

Puis cliquer sur "Ouvrir l'article".

Quoi ?

Extrait du résumé:

"En termes de chances relatives d'accès selon son milieu social d'origine, la base sociale de recrutement dans les grandes écoles semble même se resserrer dans les années 1980 après avoir connu une relative démocratisation à l'image de l'ensemble de l'enseignement supérieur".

 

Extrait de la page 31 (Tableau 1)

Probabilité d'intégrer une grande/très grande école quand le père appartient au milieu populaire (agriculteurs, ouvriers): 1%

Probabilité d'intégrer une grande/très grande école quand le père appartient au milieu supérieur (cadres supérieurs, chefs d'entreprise, etc.): environ 15%, dont 21% pour les professions libérales.

Probabilité d'intégrer une grande/très grande école quand le père est enseignant: environ 17%, dont 21% pour les professeurs et professions scientifiques.

 

Extrait de la page 35 (Tableau 2)

Comparons 2 personnes de la génération 1959-1968, l'une issue du milieu supérieur, l'autre du milieu populaire. Il y a 40 fois plus de chances que la personne issue du supérieur ait un diplôme d'une très grande école et que la personne issue des couches populaires n'en ait pas, que l'inverse.

Ce rapport était de 25 pour la génération 1949-1958.

18.01.2007

Les riches ne travaillent pas (2)

Les puissants non plus

A l'université, comme dans toute bureaucratie, le seul type de pouvoir est un pouvoir de nuisance. À cela, il y a deux raisons:

  1. Il est plus facile de nuire que de construire;
  2. il est de toute manière quasiment impossible de construire.

La façon la plus simple et la plus évidente d'être nuisible, c'est de ne rien faire. Si l'un de vos collègues vient à avoir une idée et que celle-ci ne vous plaît pas, ils vous suffit, pour que ladite idée ne soit pas mise en place, d'éluder son existence: vous n'en avez pas entendu parler, vous avez oublié, c'est une très bonne idée mais malheureusement dans votre cas particulier elle est inapplicable pour environ douze mille cinq cents bonnes raisons, etc. Cette tactique est la plus souvent employée car son rendement (rapport de la conséquence à l'effort fourni pour l'obtenir) est largement supérieur à un. La nuisance est un des rares domaines de la physique où l'on obtient des rendements toujours supérieurs à l'unité.

Plus les personnes recherchant le pouvoir sont nombreuses, plus il y en aura, statistiquement parlant, qui choisiront la nuisance comme moyen d'action. Par conséquent, plus il sera difficile de construire dans cet environnement, puisque toute personne essayant d'être constructive deviendra nécessairement l'occasion pour les nuisibles d'exercer leur pouvoir.

Comme la façon la plus aisée d'être puissant est d'être nuisible, et comme la façon la plus aisée d'être nuisible est d'opposer une inertie inébranlable à l'effort, la conclusion est évidente: pour devenir puissant dans une bureaucratie, il faut cesser de produire un travail constructif. C'est pourquoi les vrais créateurs se sentent si mal dans une université, un grand institut de recherche, ou un grand groupe industriel.

 

Travailler ne vous vaudra rien de bon

Par "travailler", on entend ici "fournir un travail productif". Les bureaucraties abondent en personnes qui effectuent des heures de présence en quantité considérable, mais ne sont productifs en rien. Exemples:

  1. les conseils d'administration et les conseils scientifiques des universités,
  2. les personnels de direction, la moitié des comptables et des employés de direction des grands groupes industriels (trop peu nombreux à l'Université pour compter vraiment),
  3. les neuf dixièmes des actionnaires des grands groupes,
  4. les hommes politiques,
  5. donnez-moi d'autres exemples SVP, je les ajouterai à ma liste !

Toutes les personnes listées ci-dessus ne travaillent pas réellement au sens donné plus haut. Ce sont pourtant les plus puissantes dans l'entreprise ou l'administration, ceux qui fournissent le vrai travail étant en général au bas de l'échelle.

En fournissant un travail véritable, vous vous couperez définitivement de la possibilité d'accéder au pouvoir. En effet, le temps que vous passerez à travailler sera autant de temps que vous ne passerez pas dans les cénacles où gravitent les catégories 1 à 5 ci-dessus. Vous perdrez ainsi l'occasion de prendre langue avec eux, de vous en faire connaître et ainsi de vous en faire apprécier. La première tâche de qui veut progresser dans l'entreprise ou la bureaucratie doit être de trouver un supérieur à qui parler.

Le reste ne sert absolument à rien: ni le travail, ni la probité. Ah si, peut-être: à conserver l'estime de vous-même au moment où, le soir, vous vous regardez dans la glace. Décidément, vous êtes un drôle de type (ou de bonne femme).

 

17.01.2007

Les riches ne travaillent pas (1)

Théorème Universel : Le travail est sans valeur

Quel que soit le système social (communisme, capitalisme), le corps de métier (fonctionnaires, salariés du privé, cadres, etc.), le travail est l'activité humaine la moins bien payée.

 

Plus on est payé, moins on produit de richesses tangibles

Exemple: le PDG de ce grand groupe automobile français gagne 350 fois plus par mois qu'un de ses ouvriers à la chaîne. Pourtant, le PDG ne travaille pas 350 fois plus que l'ouvrier; de plus, il ne produit aucun bien réel de ses mains. Alors se débrouille-t-il, non seulement pour mériter ce salaire, mais en outre pour se voter des augmentations de 40% d'une année sur l'autre, tout en refusant 1% à ses salariés ? Et ce, sans provoquer la mise à feu et à sang de Boulogne-Billancourt ou de la ville de Sochaux ?

Réponse ci-dessous.

 

Plus on est payé, moins on a le droit de produire de richesses tangibles

Quand vous prenez de l'avancement dans votre boîte, on vous interdit de "produire". Ceci parce que, passant dans des catégories d'encadrement, votre temps est facturé beaucoup plus cher. Par conséquent, il est hors de question de "vendre" votre temps sur un projet, car vous mettriez celui-ci en faillitte immédiate.

Puisque l'on ne "vend" plus votre temps directement sur les projets, comment se fait-il que la boîte ne fasse pas faillite? Parce qu'enfin, pour rester à flot, il faut bien que les recettes engrangées par les projets soient égales aux dépenses (dont votre salaire fait partie). Réponse au paragraphe suivant.

 

Alors comment paie-t-on ceux qui coûtent cher et ne produisent rien? 

C'est simple: en montant en grade, vous avez rejoint ce que l'on appelle l' "overhead", c'est-à-dire que votre salaire est compris dans le tarif auquel on "vend" le travail de ceux qui produisent.

Ainsi, quand un ingénieur touche un salaire horaire brut de 20 euros, il est "vendu" par sa boîte environ 50 euros de l'heure. Où va la différence? 10 euros vont en cotisations patronales; 10 euros vont en frais divers (téléphone & consommables, payer le loyer des bureaux, le matériel informatique, etc. Le reste, c'est en gros pour payer les improductifs (directeurs, chefs des ressources humaines, chefs de département, etc.), ceux dont on ne peut pas "vendre" le temps car ils coûtent trop cher.

 

Que faire pour faire des économies dans une entreprise ?

A la lumière de ce qui précède, la réponse est évidente: produire davantage avec le même nombre de personnes. Ainsi, ces personnes pourront continuer à financer les salaires élevés de ceux qui ne produisent rien. C'est pour cela que les entreprisent délocalisent toujours leur production et jamais leur encadrement ni leur direction !

Si vous faites partie des naïfs qui pensent que baisser les salaires des postes les plus élevés serait plus économique, vous n'avez vraiment rien compris au système ! Si en plus vous prenez l'initiative de diffuser vos idées bizarres autour de vous, style altermondialiste illuminé, je vous conseille de vous brancher tout de suite sur le site de l'ANPE.

Les cadres, faites pas les andouilles, pour vous c'est l'APEC.

13.01.2007

Maximes Universitaires (2)

On accuse souvent les fonctionnaires – et en particulier les enseignants – de je-m’en-foutisme, de fainéantise, de laxisme (surtout vis-à-vis d’eux-mêmes), ainsi que d’une liste impressionnante d’autres défauts. Ceci en particulier parce qu’ils ont censément plus de vacances que les autres, ou bien la sécurité de l’emploi, voire les deux, ou en raison d’autres griefs.

Je m’insurge, c’est faux. Ayant travaillé dans le privé autant que dans le public (et Dieu sait que j’ai du mal à me faire à la mentalité du secteur public Français !), je ne peux pas être d’accord. Il y autant de jean-foutres dans les deux secteurs d’activité ; simplement, leurs méthodes et leurs objectifs sont de natures différentes.

Les Maximes Universitaires ci-dessous peuvent s’appliquer à de nombreux secteurs de la vie professionnelle, et pas seulement au secteur public. En fait, elles s’appliquent à toutes les entités regroupant suffisamment de gens d’objectifs professionnels différents pour que les raisons d’être initiales de l’organisme où l’on travaille aient été totalement oubliées et que l’organisme acquière une vie propre, qui n’a rien à voir avec ses objectifs de départ.

 

Théorème fondamental n°1 : « Personne n’a d’intérêt particulier à ce que les choses se passent bien ».

Ce théorème ne s’applique pas qu’à la fac, il est propre à toutes les bureaucraties – dont certains domaines de la fonction publique, mais aussi les services des ressources humaines de grands groupes industriels, par exemple.

Les conséquences pratiques en sont extrêmement importantes. Il explique notamment :

1) que les choses soient en général mal faites. Ce n’est pas du sabotage, car le sabotage est du travail intentionnellement mal fait. Simplement, si le fait qu’on fasse mal les choses n’entraîne aucune sanction particulière, l’inertie et l’instinct de facilité poussent effectivement au vite fait, mal fait dans la plupart des cas. A l’inverse, bien faire les choses ne rapporte absolument rien, cf. le 2 et 3.

2) que l’on trouve, côte à côte – parfois dans le même bureau – des personnes dévouées à leur travail, qui vont s’acharner 60 heures par semaine pour que les choses se passent bien, alors que le voisin ne remplit même pas ses horaires. La spécificité de la bureaucratie étant la dilution de la responsabilité individuelle et l’absence de sanction en cas d’échec, il est tout à fait ordinaire de tirer au flanc sans que cela ait une quelconque conséquence sur l’avenir professionnel de la personne considérée ;

3) que l’on ait son avancement à l’ancienneté et non au mérite. En effet, vous tuer au travail pour l’amour du travail bien fait ne vous rapportera absolument rien, puisque l’objectif d’une bureaucratie n’est pas de produire un travail. L’objectif d’une bureaucratie est de justifier son existence propre, en étendant au maximum son pouvoir et ses règles aux autres corps de métiers, et en demandant toujours plus de personnel. Dans ces conditions, aucune chance pour les bosseurs, on a de l’avancement en se conformant aux codes comportementaux de l’organisation à laquelle on appartient (adhérer à un syndicat, se présenter au conseil d’administration de la fac, ou d’autres initiatives de ce type selon le lieu et son corps de métier).

 

Théorème fondamental n°2 : « Tout va bien ».

La démonstration de ce théorème est évidente : si vous êtes le (la) seul(e) à annoncer publiquement que les choses vont mal, vous vous faites des ennemis des deux côtés, car :

1) vous taxez implicitement vos chefs d’incompétence pour n’avoir pas su voir venir les problèmes,

2) vous accusez vos collègues d’être aveugles, laxistes ou incompétents également car ils se satisfont d’une situation à problèmes.

La pire erreur serait alors de vous énerver et de brailler en pleine réunion : « Mais enfin, n’y a-t-il que moi (sous-entendu : qui sois suffisamment intelligent) pour m’apercevoir des problèmes » ?

Si vous faites un truc comme ça, autant vous dire que ça s’annonce très mal pour vous.

 

Théorème fondamental n°3 : « Tout va bien se passer ».

C’est une démonstration par la pratique : on se fixe au départ des objectifs. Comme on est mal organisés, les choses se mettent à foirer. Il suffit, pour transformer l’échec en succès, de réviser les objectifs initiaux à la baisse. Vient un moment où, à force d’abaisser les objectifs, ceux-ci seront plus bas que le résultat effectivement obtenu. Alors, ce dernier deviendra « un résultat inespéré ».

06.01.2007

Maximes Universitaires (1)

Comment les étudiants voient-ils le système éducatif et, plus particulièrement, comment les étudiants à l'université voient-ils cette énorme machine ? Peut-être est-ce mieux que personne ne le leur demande. Quelques maximes devraient les aider à retrouver confiance en ce système merveilleux.

 

Ce monde n'est pas fait pour vous. Je suis passé hier après-midi au siège de l'Unité de Formation et de Recherche (UFR) de ma brave fac de sciences; je donne un cours mardi après-midi et j'aurais voulu quelques renseignements. Or, quelle n'est pas ma surprise de trouver, sur la porte du bâtiment, la note suivante:

"Ouvert au public de 9h à 11h30 et de 14h à 16h30"

Ben oui: à 11h30, le personnel administratif se prépare à aller déjeuner. Il serait inadmissible que les préliminaires à ce processus d'homéostasie psychologique avec la nourriture soient interrompus par de jeunes exigeants, qui débouleraient précisément avant l'heure du déjeuner pour quémander des certificats ou une information quelconque. Conséquence: on ferme bien avant l'heure du repas, afin de garantir l'adéquation du QI du personnel et de celui de la bouffe.

Oui, mais: 9h à 11h30, et 14h à 16h30, ce sont précisément les plages horaires couvertes par les enseignements. Autrement dit, si les étudiants veulent effectuer leurs démarches administratives, ils seront obligés de "sécher" leurs cours. C'est ainsi que le personnel de l'université encourage l'assistance aux cours.

 

Il est cependant fait à l'avantage d'autres personnes. Après avoir mentionné l'incohérence ci-dessus à un de mes collègues, plus ancien que moi dans la boutique, je me suis entendu répondre: "Oui, mais toi tu es enseignant, ce n'est pas pareil." J'ai alors appris qu'il existait, sur le côté du bâtiment, une issue de secours, officiellement hermétique, mais en réalité toujours entrebaîllée, de manière à ce que les enseignants et autres personnels administratifs puissent se glisser à l'intérieur des murs et ainsi remplir les missions qui les y appellent. Pour pouvoir bénéficier de ce passe-droit, il faut bien entendu faire partie des initiés.

 

Il est interdit de faire des choses bien. Je vous rassure, celle-ci n'est pas pour vous (les étudiants), mais à notre intention (les enseignants).

Exemple: lorsque j'achète une imprimante pour que mes étudiants puissent imprimer leurs rapports ou les documents dont ils ont besoin, je suis obligé par le codes des marchés publics de sélectionner ladite imprimante dans le catalogue du fournissseur qui a emporté le marché avec l'Université. Ce système a été conçu au départ pour éviter les pots-de-vin, ententes illicites, etc., il partit donc d'une bonne intention.

Le problème, c'est qu'avec mon imprimante j'ai l'air malin: je ne peux pas acheter les cartouches qui vont dedans. En effet, le marchand de l'imprimante n'a eu le marché de l'Université que pour les imprimantes, pas pour les cartouches! Pour acheter ces dernières, je suis donc obligé de consulter le catalogue du  fournisseur qui a eu le marché des cartouches pour imprimantes. Pas de chance: ce fournisseur n'a pas, dans son catalogue, les cartouches qui vont dans l'imprimante que j'ai achetée à l'autre fournisseur.

C'est dommage, hein?

C'est malheureusement une histoire vraie.

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