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28.01.2007

Pouvoir et salaire en bureaucratie

Les salaires sont un objet de protestation quasi-permanent de la part des syndicats de la fonction publique. Les fonctionnaires de l'enseignement et de la recherche sont mal payés, nous dit-on. Cela aurait pour conséquence de favoriser la "fuite des cerveaux" vers des pays plus rémunérateurs, ne laissant dans notre beau pays que les médiocres. D'où la nécessité, selon certains, de payer davantage les fonctionnaires de l'enseignement supérieur, afin de favoriser le retour au bercail des évadés et de prévenir les velléités de fuite de ceux qui ne sont pas encore partis.

Ne vous donnez pas la peine d'essayer: ça ne marchera pas. Ou si ça marche, il n'est pas certain que le remède ne soit pire que le mal.

La vocation, voilà ce qui devrait déterminer une personne à opter pour le métier d'enseignant, de chercheur ou d'enseignant-chercheur. Franchement, confieriez-vous de gaieté de coeur votre enfant à une personne qui a embrassé la carrière d'enseignant uniquement pour le salaire? Je ne pense pas. Par conséquent, la (relative) modestie de la paie des universitaires me paraît une bonne chose.

Un maître de conférences commence à Bac+8 avec un salaire net de 1800 euros environ. Bien sûr, cela peut paraître ridicule en regard des 5000 euros mensuels d'un Bac+3 en sciences économiques qui traverse tous les jours la frontière suisse ou luxembourgeoise pour aller travailler dans le service placements immobiliers d'une banque (j'en connais!) cependant, l'universitaires a pour lui un avantage inestimable: une libeté presque totale dans le choix de sa recherche et de ses méthodes pédagogiques. Et puis, s'il voulait gagner de l'argent, franchement il fallait faire un autre métier.

Si vous voulez garder les bons chercheurs, ne leur offrez pas un meilleur salaire: offrez-leur de meilleures conditions de travail. Selon que l'on travaille dans un labo de l'Ecole Polytechnique ou dans une unité de recherche de l'université Tartempion en pleine province, on n'a clairement pas le même budget pour se payer des ordinateurs, ou même les cartouches de ses imprimantes. Quant au billet de train pour aller assister à tel ou tel congrès, n'en parlons pas: certains de mes collègues mettent plus d'un an à se faire rembourser, ils paient ce genre de déplacement de leur poche!

Le pouvoir vaut salaire. N'oubliez pas que la motivation principale des individus dans une bureaucratie n'est pas le salaire: c'est le pouvoir; pouvoir, non seulement sur les autres, mais également sur son propre destin. Par conséquent, vous n'aurez jamais besoin de payer énormément les bureaucrates, pourvu que vous leur donniez de l'avancement, ou leur permettiez de gagner de petites niches, où personne ne viendra les menacer.

Mis à part les quelques radins indécrottables que l'on rencontre de toute façon à proportion à peu près égale dans n'importe quel milieu social, la plupart de mes collègues seraient prêts à exercer le pouvoir sans augmentation de salaire; d'ailleurs, c'est ce que tentent de faire chaque jour la plupart d'entre eux!

Il ya tout de même des mal payés. Il est indéniable toutefois que les catégories les plus basses de la fonction publique ont connu une perte de pouvoir d'achat considérable en 20 ans. Certains de mes collègues (secrétaires, agents de service principalement) sont obligés d'aller vivre à l'année dans un mobil-home en camping car le loyer d'un appartement en ville est devenu trop élevé pour leur salaire. Oui donc pour une revalorisation des salaires, mais en priorité pour les plus bas d'entre eux. Malgré l'érosion continue de leurs salaires depuis une génération, les gros poissons arrivent encore à bien vivre.

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