07.12.2011
Les petites phrases qui veulent tout dire
Dassault, une collusion avec pouvoir? Allons donc, où allez-vous chercher ça?
Il est pourtant de petites phrases qui révèlent tout. Aujourd'hui, c'est en page principale du site web du Monde que l'on trouve l'information: contrairement à ce que vous pensiez, Gérard Longuet n'est pas ministre de la Défense.
Il est porte-parole du groupe industriel Dassault et donc, en réalité, salarié du privé. En effet, c'est lui en personne qui livre cette information majeure pour la politique de l'entreprise: "Si Dassault ne vend pas de Rafale à l'Etranger, la production sera interrompue".
A part ça?
Rien, bien sûr. Ce gouvernement continue de prôner les vertus de la politique libérale et de la non-ingérence de l'Etat dans la sphère du privé. Dont acte.
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14.12.2010
Idex, Labex, h-index, grosse m...ex !
Vous ne pouvez pas être passés à côté. La tendance, le must, que dis-je, le hype, de cette fin d'année, c'est le suffixe "ex".
Vous, je ne sais pas; mais chez moi (traduire: au sein du machin censément autonome depuis fin 2008 où j'essaie de remplir ma mission d'utilité publique, à savoir enseigner un peu d'ingénierie à des types qui prennent une calculatrice pour multiplier un nombre par 10), les chefs ne jurent que par ça. L'initiative d'excellence ("Idex"), les laboratoires d'excellence ("Labex") sont devenus les ovules surdimensionnés autour desquels les spermatozoïdes se chicornent pour essayer d'obtenir la place.
Mon labo devait forcément en être. Peu importe que les Labex soient, sur le papier au moins, réservés aux labos notés A+ par l'Aeres, alors que nous avons été, cette année même, notés A. Au contraire; car un Directeur de Recherche (DR) d'un EPST que je ne nommerai pas, en charge du projet, a décidé que cette note, obtenue à l'arraché, nous placerait en position de leaders: il suffisait de monter un projet de Labex avec d'autres labos encore moins bien évalués que nous!
Ce qui fut fait. Nous avons ainsi vu se monter à une vitesse météorique un projet à peu près sans queue ni tête. Ceci dit, l'important n'a jamais été que ça serve à quelque chose. Nous avons calculé que, vu le nombre de labos impliqués dans ce projet et le nombre moyen de chercheurs par labo, le Labex rapporterait environ 1000 euros par chercheur et par an... Dans l'hypothèse, bien sûr, où il serait financé en totalité. Vu le nombre de réunions qui ont été convoquées entre les chefs de labo et leurs sbires en charge du dossier, il est à peu près probable que le pognon a déjà été bouffé sous forme de temps passé.
Le cadre A en charge du projet en a profité pour régler ses comptes. Il fallait, dans ce dossier de Labex, inventorier les "chercheurs à fort potentiel". Pour cela, deux critères ont été retenus: (i) le nombre de publications sur le dernier exercice quadriennal et (ii) le H-index. Cela a donné lieu à des foires d'empoigne entre labos, car un H-index de 7 ou 8 peut par exemple apparaître comme très bien pour une communauté très restreinte de modélisateurs (qui ne citent en général une publi que quand elle apporte quelque chose de très nouveau), alors que pour une population énorme de biologistes ou de médecins, il semblera totalement ridicule. Après moult tractations, tout le monde a fini par tomber d'accord sur une valeur seuil de 10.
Quelle coïncidence: le Cadre A en question (qui a mené les négociations sur ce point) a précisément un H-index de 10!
Cela lui a permis d'apparaître comme un chercheur à fort potentiel, alors qu'il ne fait plus de recherche depuis environ 15 ans. Néanmoins, la coutume de l'EPST dont il est issu veut que, lorsque quelqu'un balance une publi, tous les membres de l'équipe sont co-auteurs; surtout le chef d'équipe, même quand il ne fait rien. Etant chef d'équipe depuis 15 ans, il totalise probablement le nombre de publis le plus important de tout le labo. Le H-index est bien sûr en rapport.
Chose comique, aucun des auteurs véritables des publis qui ont permis à ce DR de figurer dans la liste d'excellence n'a été inclus dans cette liste. On se retrouve ainsi dans la situation où un DR à 5 ou 6 ans de la retraite, qui ne fait plus de recherche depuis 15 ans, est qualifié de "chercheur à fort potentiel"; alors que ceux qui ont fait le boulot et lui ont permis de prétendre à ce statut en sont exclus.
Pourquoi ce billet? Tout simplement par fierté mal placée. Je suis assez content de voir confirmée, une fois de plus, une maxime que vous retrouverez probablement en tête de ce blog, si vous avez le courage de remonter le temps:
"Pour réussir, ne jamais travailler; faire travailler les autres".
Mais bon; comme maxime, ça fait tellement système capitaliste, actionnaire de grand groupe, trader de banque londonienne, gestionnaire de hedge funds... Je me demande si je ne vais pas perdre toute crédibilité auprès de mon lectorat!
P.S. Votre humble serviteur n'a pas été retenu sur cette liste. Tout d'abord parce que son H-index était sous-estimé (d'un facteur 2 environ), ce qui le mettait hors jeu; ensuite, parce, convaincu de l'ineptie totale du H-index en question, il a refusé d'en fournir la vraie valeur, ce qui l'aurait inclus dans les tableaux. Or, il s'était fixé comme objectif de ne surtout pas y figurer. Il a donc la satisfaction de passer pour un gros nul aux yeux de son laboratoire, qui a bien sûr noté son absence flagrante du bottin des élus. Moyennant quoi, étant reconnu comme un branquignol notoire, plus personne ne lui adresse la parole, ne lui demande de remplir des tableaux d'indicateurs débiles et des projets de recherche foireux en dernière minute, et il peut enfin travailler tranquille.
P.P.S. Remarquez, il paraît que le projet de Labex est à peine envoyé au ministère qu'il faut déjà ouvrir le prochain dossier: l'étape suivante, c'est l'IRT.
20:37 Publié dans Blog, Enseignement Supérieur | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
30.07.2010
Loi LRU et Conseil constitutionnel
Le Conseil constitutionnel vient juste de décider que la garde à vue de droit commun était inconstitutionnelle. Le gouvernement a un an pour revoir sa copie, cf. article du Monde et petite analyse sur Rue89.
On apprend dans le même temps que le volet "recrutement" de la loi LRU est également en train de passer devant le même Conseil. En cause: la possibilité pour le CA d'une université de modifier totalement le classement établi par les comités de sélection, ce qui au vu des compétences bien connues desdits CA en matière scientifique, serait effectivement une entorse au principe de sélection par les pairs. Comme conséquence de la prérogative du CA de se mêler de ce qu'il ne comprend pas, on citera la fameuse affaire de l'université de Metz par exemple.
L'article du Monde est un peu boiteux: on n'arrive pas à comprendre si par "professeurs" l'auteur de l'article désigne en fait tous les enseignants (PR et MCF donc), mais dans l'essentiel le principe y est.
A consulter également, sur le site du Monde, les réactions des lecteurs, qui bien que peu nombreuses pour l'instant, ne manquent pas de sel (anecdotes garanties). Je précise que, bien que le commentaire du dénommé Pol reflète totalement ce qui se passe dans mon labo, ce n'est pas moi qui ai écrit cette réaction!
17:06 Publié dans Blog, Enseignement Supérieur | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : université, loi lru, conseil constitutionnel
28.07.2010
Comment parler le Bureaucrate
Il y a comme ça des langues plus difficiles à apprendre que d'autres. Le Chinois, par exemple, ou le Japonais, sont paraît-il extrêmement longues à maîtriser pour les occidentaux. Personnellement, je n'ai pas essayé; je sais par contre qu'une autre langue, beaucoup plus proche sur le plan géographique, m'est cependant inaccessible à jamais.
J'entends par là que je ne saurai jamais parler le Bureaucrate. Si vous voulez savoir ce que peut donner un orfèvre en la matière, je vous conseille la lecture des pages 32-33 du Journal du CNRS, numéro de juillet-août 2010 (lien en fin de ce billet). Un expert ès-Bureaucratie nous y délivre quelques éléments de langage. Au menu, rien que de l'artistique. Je ne parle pas seulement du vocabulaire, mais aussi de la syntaxe. Voyez plutôt...
- "Comme l'efficacité [...] passe nécessairement par le croisement des logiques scientifiques et gestionnaires"
- "[...] le décret a affirmé le CNRS en tant que réseau. La DGD-R [...] contribue à l'animation et à la dynamique de ce réseau [...] elle [...] fluidifie le dialogue de gestion."
- "... il convenait de mettre fin à une certaine atomisation des structures et des processus... "
- "... il s'agit de déplacer les périmètres d'action..."
- "... nous serons à pied d'oeuvre pour les grands chantiers qui nous attendent afin d'affirmer loe CNRS comme figure de proue des évolutions de la recherche française."
Et les lendemains chanteront... L'Homme, libre enfin de ses chaînes, se dressera vers un avenir radieux et une ère nouvelle. Enfin, tout ça, quoi...
Je vous vois saliver d'ici. Chasseurs de têtes, directeurs de grands groupes, vous voulez tous savoir le nom de ce petit prodige, que vous rêvez sans aucun doute de débaucher.
Il s'appele Xavier Inglebert, mais vous arrivez trop tard. Son coeur n'est plus à prendre. Il est en effet devenu directeur de la Direction Générale Déléguée aux Ressources, que nous connaissons tous sous le sigle DGD-R. Pour d'autres sigles que nous connaissons tous, voir les mêmes pages 32-33. Vous y retrouverez la DGD-S, la DCIF (ce n'est pas un produit de ménage), la DSFIM, le BPC, l'Ipam, sans compter l'Urec et la désomais fameuse DSI. Ah pardon, j'oubliais le Cesi...
Pour l'intégralité de son speech, voir ici: 20100728120918022.pdf. Je vous laisse dévorer son discours, qui ravirait sans doute un sémiologiste.
Ah, Roland Barthes! Tu nous manques... Si tu n'avais pas raté ce type d'une petite trentaine d'années, tu nous l'aurais sans doute placé quelque part dans ta 25ème édition de Mythologies...
15.07.2010
Mon affaire Woerth à moi (suite)
Juste une info rapide, pour faire suite à la note précédente:
- Bien-Gentil et Jeunot ont obtenu la bourse de thèse de l'Ecole doctorale pour leur candidat;
- mais je vous rassure, Brutus et Calimero également! Avec un candidat qui n'était au départ pas issu de l'Ecole doctorale. Ce qui, je vous le rappelle, était la raison invoquée l'année dernière pour "gicler" le candidat de Bien-Gentil et Jeunot du concours...
Calimero se retrouve donc avec une 5 thèse en cours d'encadrement; c'est normal, cela fait 4 ans qu'il n'a rien publié. Je l'ai appris récemment, la direction du labo a fait des pieds et des mains pour lui accorder ces 5 bourses, "afin de l'aider"...
Comme le disait un compagnon troufion d'infortune pendant le service militaire: "On n'est pas beaucoup payés, mais qu'est-ce qu'on rit!"
10:05 Publié dans Blog, Enseignement Supérieur, Enseignement tout court | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : recherche, thèse, doctorat, bourse
01.07.2010
Mon affaire Woerth à moi
Nouveau mois, nouveau billet. Eh oui, il y a longtemps que je ne vous avais pas assommés avec mes vérités toutes prêtes et mes jugements tout faits. Il faut dire aussi que vous aviez certainement d'autres choses à lire, car l'actualité ne nous a pas épargnés ces temps-ci, jugez plutôt:
- Guillon et Porte virés de France Inter,
- Woerth soupçonné de prévarication, des députés réclament la création d'une commission d'enquête, mais
- non sans avoir au préalable auditionné l'entraîneur Domenech dans le cadre de la Commission des affaires culturelles de l'Assemblée nationale. Oui, vous avez bien lu: culturelles. Maintenant, en France, le foot c'est de la culture. C'est Mitterrand qui va être content: quitter le Pavillon Médicis pour se récupérer les crétins en bleu, vache de brocante! J'ai toujours su que j'étais inculte. Au fait, c'est quoi, le féminin d'entraîneur?
De toutes ces affaires, je n'en ai retenu qu'une seule, qui me touche de près. En effet, nous avons, à notre minuscule échelle bien sûr, notre mini-affaire Woerth à nous au labo. Après tout, il n'y a pas de raison pour que ce soient toujours les mêmes qui s'amusent. Je revendique, moi aussi, le droit d'accès (à ma modeste échelle bien entendu) à cet acquis social qu'est l'affaire de type Woerth. A savoir un gracieux mélange des genres, un léger conflit d'intérêt et une minuscule propension à le nier, assortie d'une infime persistance à ne pas voir où est le problème. Voyez plutôt.
- Vous le savez sans doute, il y a dans les disciplines scientifiques non seulement de moins en moins d'étudiants, mais aussi de moins en moins de bons étudiants; ce n'est de toute manière pas si grave, car il y a également de moins en moins de bourses de thèse pour les quelques-uns qui veulent encore faire de la recherche.
- Dans ce contexte, l'Ecole Doctorale à laquelle j'appartiens a mis en place, pour l'attribution des bourses MRT, un système extrêmement complexe de préselection des sujets et des candidats par les labos, puis de soutenance extrêmement brève (genre moins de 5 minutes) des impétrants devant une commission constituée on ne sait pas trop comment. La seule chose qu'on sache, c'est que l'ED englobe tellement de domaines qu'il y a une chance infime pour que les gens de la commission soient vraiment compétents dans les domaines de recherche de mon labo. Au final, le véritable critère de sélection des étudiants est: quel était leur classement dans le Master Recherche local? Et si vous n'êtes pas premier, vous êtes foutu.
- L'année dernière, deux collègues à moi, que nous appellerons Bien-Gentil et Jeunot, avaient proposé un sujet et avaient trouvé un candidat, que nous appellerons Létranger. Ceci parce que Létranger ne venait pas du Master Recherche local, mais d'une autre université. Létranger était bon, mais a été recalé lors de l'examen de l'ED car la politique était ouvertement de favoriser des candidats locaux.
- Très motivé par le sujet de Bien-Gentil et Jeunot, Létranger a accepté de perdre un an et de s'inscrire dans le Master Recherche local, afin de pouvoir concourir à armes égales sur le sujet qui lui tenait à coeur. Il y a bien un petit problème, ni Bien-Gentil ni Jeunot n'ont d'Habilitation à Diriger des Recherches (HDR) et ne peuvent donc endosser la direction de la thèse, mais mon directeur de labo, bonne âme, était d'accord pour se dévouer (sachant que bien que ne faisant plus de recherche depuis plus de 10 ans, il aime bien voir son nom sur un max de publis...)
- Donc, Létranger s'inscrit, passe les exams du Master Recherche local, et finit... major. Ce qui fait a priori de lui le récipiendaire quasi inévitable de la bourse de thèse (car probablement il n'y en aura qu'une) qui sera attribuée au labo.
- C'est là que ça se gâte. Les formalités de dépôt des sujets de thèse de l'ED approchent... Bien-Gentil et Jeunot envoient un e-mail au directeur de thèse potentiel pour lui rappeler qu'il doit effectuer un certain nombre de formalités (se connecter sur le site de l'ED, entrer un identifiant, des mots-clés, approuver le sujet, etc...). Pas de réponse. Un peu plus tard, nouveau mail de rappel. Pas de réponse. Troisième salve. Toujours rien.
- Ils finissent par trouver ça louche et, comme la date de clôture de dépôt des sujets approche, ils parviennent à coincer le directeur lors d'une de ses (désormais très rares) appartitions au labo. S'ensuit une conversation un peu alambiquée, où ils s'aperçoivent que le directeur s'appelle Brutus, car il leur a planté un joli couteau dans le dos. En fait,
- il n'a plus du tout l'intention de diriger leur sujet de thèse, car
- il a accepté d'en encadrer un autre, concurrent, pour le compte de deux autres personnes, que nous appellerons Calimero et Nez-Dans-Le-Guidon, sachant que
- Calimero s'appelle comme ça car notoirement connu pour pleurer partout qu'il n'a pas de temps pour faire de la recherche, moyennant quoi on lui a accordé par pitié 4 bourses de thèses (dont aucune publi n'est encore sortie après bientôt 3 ans)
- Nez-Dans-Le-Guidon ne fait attention à rien d'autre qu'à a recherche et n'était absolument pas au courant que Brutus avait déjà promis son encadrement à d'autres personnes.
- Je vous rassure: un collègue a entendu parler du problème. Il s'est porté volontaire pour servir de directeur de thèse pendant 1 an, le temps que Bien-Gentil passe son HDR (il doit avoir sur son CV une soixantaine de publications et presque autant d'encadrement de stagiaires et de DEA, ça ne posera pas de problème). Létranger est donc momentanément sauvé.
- Sauf que maintenant, il faut préparer les 4 ou 5 minutes de soutenance qui vont avoir lieu devant la commission de l'ED. Et répéter. C'est là que Calimero sort du bois. Calimero est membre d'un machin sans existence statuaire, appelé "Conseil scientifique" du labo. Ce conseil ne sert à rien, sinon à donner à Brutus un confortable sentiment de chambre de résonance. En effet, tous les membres du conseil ont été nommés par Brutus, et ce sont tous des cadres B, c'est-à-dire qu'ils ont un poids scientifique faible, donc une capacité à la contestation quasiment nulle. Ce conseil fonctionne de la façon suivante: Brutus a une idée tout seul dans son coin; il la soumet au conseil scientifique, qui pour cause de légitimité et poids décisionnel insuffisants, l'approuve à l'unanimité [1]. Calimero lance une initiative: tous les étudiants de Master Recherche qui vont plancher devant l'ED doivent être auditionnés par le conseil scientifique du labo.
- C'est là que ça se complique. Bien-Gentil et Jeunot envoient un message à tous en précisant que c'est ok, mais seulement sous certaines conditions: comme il y a un conflit d'intérêt potentiel assez flagrant (sur 4 étudiants postulant à l'ED, 3 ont des directeurs ou encadrants de thèse membres du conseil scientifique - seuls Bien-Gentil et Jeunot n'y sont pas!), les membres du conseil scientifique qui soumettent des candidatures ne devraient pas assister à ces présentations.
- Réaction outragée de Brutus: "Ne sombrons pas dans une paranoïa excessive" ; "franchement, est-ce que nous avons une tête à favoriser des conflits d'intérêt?"; ou encore "nous risquons, par un formalisme excessif, de nous diviser sur des étudiants qui par ailleurs vont manger ensemble tous les midis". NB. C'est faux: la compétition exacerbée sur les bourses de thèse fait que plus aucun étudiant ne parle aux autres, tout le monde s'évite, et quand ils vont au Resto U, c'est chacun de son côté.
- Réponse de tous les membres du conseil scientifique nommés par Brutus (sauf un: Calimero): nous admettons qu'il y a conflit d'intérêt potentiel et annulons le passage des acndidats devant le conseil scientifique.
- Sur le plan anecdotique, réaction de Brutus: vous faites bien comme vous voulez; moyennant quoi je maintiens qu'il n'y a pas de conflit d'intérêt. Je n'ai pas le temps de m'occuper de vos histoires, car je suis en ce moment occupé à sauver mon EPST de tutelle du désastre.
Ce ne sont que les grandes lignes de l'affaire. Je vous passe les détails, car sur le plan anecdotique c'était nettement plus croustillant et riche en tirades mélodramatiques que mon pauvre exposé factuel. Là où notre Affaire Woerth locale l'emporte sur l'Affaire Woerth nationale, c'est d'une part que nous connaissons les protagonistes, et que d'autre part la rue semble - momentanément du moins - l'emporter.
Mais ce n'est peut-être que momentané. Le verdict véritable sera rendu la semaine prochaine par l'école doctorale. Et comme, contrairement à Brutus, Bien-Gentil et Jeunot n'y comptent aucun ami... Je vous tiendrai au courant, c'est promis.
[1] N'importe qui de sensé dirait: "c'est une farce, une parodie de démocratie". Il ou elle aurait raison. C'est sans doute la raison pour laquelle l'Aeres a trouvé ça très bien.
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27.05.2010
Toujours plus à l'ouest
Ma contribution à ce billet sera extrêmement brève - mon effort principal est dans le titre. Le texte ci-dessous émane d'AutonomeSup; je l'ai reçu, ainsi sans doute que de très nombreux collègues d'à peu près toutes les facs de France.
Pour l'humble nase que je suis, qui, à son retour d'un pays anglo-saxon il y a 7 ans, a réussi à faire accepter l'enseignement d'une de ses matières en langue anglaise - mais au prix de luttes larvées et interminables avec ses collègues, le tract ci-dessous ne manque pas de saveur.
Je vous laisse déguster.
Maison de la Francophonie ou Musée de la Francophonie ?
Le 20 mars dernier, lors de la Journée Internationale de la Francophonie, était louée la future inauguration de la Maison de la Francophonie avec les discours volontaristes habituels, alors qu’il aurait mieux valu saluer la naissance d’un nouveau musée à Paris : celui de la francophonie. On aurait pu mettre aisément en valeur toutes les actions visant à amoindrir, voire faire disparaître, la langue française depuis longtemps dans notre environnement. Faisant fi de l’article 2 de notre Constitution qui fait du français la langue de la République et la langue d’enseignement, certains esprits, sûrement progressistes, se font l'écho, dans la presse quotidienne et spécialisée, d'une volonté de modifier la loi Toubon pour permettre aux (grandes écoles et universités) d'enseigner totalement en langue anglaise. La charge est actuellement menée par la Conférence des Grandes Ecoles et par quelques-uns de ses représentants. L'objectif déclaré est de pouvoir accueillir dans ces établissements des étudiants en provenance de pays non francophones et en particulier de la Chine. Nous dénonçons cette attitude qui modifie de façon définitive la place et la nature de l'enseignement supérieur français pour de simples raisons financières et de conquête illusoire et très partielle du marché mondial de l'enseignement. Cela est inacceptable : les grandes écoles forment, depuis longtemps en France, l'élite française pour des emplois privés et publics. Elles façonneront, formateront alors une élite anglophone, s'exprimant de façon unique en anglais dans les relations internationales et au sein des états-majors des entreprises, avec comme conséquence directe de constituer une élite qui serait déconnectée encore plus de l'ensemble des autres Français ; on assisterait à la création d'un pays proche du modèle de Metropolis avec une élite, en fait une oligarchie, dominant l’ensemble des autres travailleurs. On retrouverait l’opposition soutenue dans les entreprises par Taylor entre « ceux qui pensent » (s’exprimant en anglais) et « ceux qui font » (les mauvais locuteurs en anglais). Enseigner totalement en anglais dans les établissements d'enseignement supérieur français ajouterait donc dans la société française une deuxième fracture à celle déjà trop apparente des revenus. Cette nouvelle déclinaison de l’identité française, en niant la langue française, est ahurissante d’absurdité dans un monde qui est de plus en plus multilingue et multipolaire.
Il est grand temps de se mobiliser avant que l'université ne suive les initiatives prises par les grandes écoles qui participent à la destruction du corps social en parfaite bonne conscience. N’assistons nous pas déjà à l’émergence d’un nouveau critère de jugement dans les commissions de recrutement universitaire : « la capacité à faire cours en anglais », qui a peu à voir avec les capacités intrinsèques disciplinaires d’un futur universitaire ? N’assistons-nous pas déjà à l’obligation faite par des responsables de cycles universitaires d’imposer dans les services statutaires des enseignants des cours en anglais ? N’assistons-nous pas déjà à l’exclusion des revues scientifiques en français de la nomenclature des revues cotées dans les procédures d’évaluation menée par l’AERES, le CNRS ou le CNU ?
La défense de la langue française a fait long feu dans l’élite intellectuelle française par snobisme et dans la société française par indifférence parce qu’elle se centrait sur la finalité de la langue et son contenu culturel. Tout ce discours aurait dû pourtant convaincre tant les arguments en étaient judicieux mais le rêve économique américain était trop prégnant. Cette fois, les conséquences mêmes qu'aurait une telle politique d’enseignement sur la cohésion de la société française ne peuvent laisser indifférent. Voulons-nous, comme universitaires, adhérer à cette fracture attendue de la société française qui repose encore une fois sur les privilèges de l’argent pour acquérir une totale maîtrise de la langue anglaise dès le plus jeune âge ou participer à un véritable sursaut? Prononcer des discours comme celui de Caen, lors de la campagne présidentielle, en faveur de la langue française et laisser ensuite tous les acteurs de l’enseignement supérieur en saper les fondements relèvent, disons-le, d’un cynisme inacceptable. Autonomesup se bat, et continuera à se battre, pour défendre la place du Français dans le monde comme langue de science, de culture et d’enseignement.
Contacts Autonomesup :
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