16.04.2012

Monsieur va au Bois

C'est l'histoire de Monsieur, membre de la haute société parisienne.

Monsieur veut prendre l'air. Il monte dans sa voiture et lance à son chauffeur:"Firmin, au Bois".

Mais à Paris, il y a deux bois: celui de Vincennes, celui de Boulogne. On n'y fait pas forcément les mêmes choses (en tout cas, pas dans les San-Antonio des années 50 et 60, qui sont les seuls que je lise). Firmin ne veut pas se tromper: "Lequel, Monsieur? Celui des chevaux, ou celui des p...s ?"

Monsieur: "Allons, Firmin, ne soyez pas stupide. Là où il y a des chevaux, il y a des p...s."

 

Tout ça pour vous dire que, début avril, je suis allé au Bois. Comme Monsieur, je suis allé y voir courir des chevaux ; comme Monsieur, j'y ai trouvé autre chose.

Ne vous méprenez pas: je n'ai pas fait un aller-retour TGV pour aller me frotter aux canassons parigots. Non, je suis allé voir courir mes propres bourrins à moi, moyennant une simple petite marche de 10 minutes. D'ailleurs, ce n'étaient pas des chevaux; pas même des ânes courant après une carotte (j'ai trop d'estime pour l'âne, qui est un animal excellent, pour faire une telle comparaison). En fait, mes bestiaux de course à moi ressemblaient plutôt à ces débiles de lévriers, qui se déhanchent spasmodiquement comme des cons pour essayer d'attraper un lapin artificiel tiré à 60 à l'heure par un câble.

Non, début avril, c'était l'élection des trois conseils de l'Université.

 

Si vous n'avez jamais assisté à ça, franchement, ne ratez pas la prochaine représentation. On y croise toute l'humanité; celle qui souffre, celle qui fait souffrir, celle qui s'en fout et celle qui se marre -  j'étais de la dernière catégorie.

Ce que j'ai particulièrement apprécié, c'est l'agencement des lieux. N'importe quel Vénusien, tout frais descendu de sa soucoupe et sans guide Michelin, aurait capté tout de suite la hiérarchie des valeurs universitaires. Dans le grand hall du bâtiment administratif - bâtiment où siège la Présidence, "Le château", comme on l'appelle - on ne pouvait faire moins que de mettre le plus important.

Je peux vous assurer que les types qui voulaient élire le CA [1] avaient de la place aux entournures. On aurait pu donner Holiday On Ice entre les tréteaux qui supportaient les urnes, et en prime faire tourner des éléphants à monocycle autour des patineurs; personne ne se serait accroché. Du coup, tout cet espace libre était rempli par la fine fleur des parasites institutionnels. Les représentants des deux listes concurrentes s'agglutinaient en petits groupes, qui évitaient soigneusement de se regarder les uns les autres. Mais cette indifférence n'était qu'apparente. Dès qu'un type entrait dans le hall, il était illico retapissé par les candidats, lesquels, pour un peu qu'ils l'eussent déjà aperçu un jour quelque part sur le campus, lui faisaient de grands saluts. Jamais des gens que je ne connais absolument pas n'ont été aussi contents de me voir. Même mon directeur adjoint de composante, qui d'habitude me passe devant sans un regard, a été trop ravi de ma présence. J'ai mis son bonjour et sa poignée de main dans ma poche: je les ferai encadrer et, plus tard, quand j'aurai pris ma retraite (dans 90 ans à peu près), je regarderai au mur ces reliques en me souvenant que ce jour a existé. Et aussi que je n'ai pas voté pour lui.

 

Le CS [2], soyons honnêtes, c'est bien, mais ça ne vaut quand même pas le CA. Il faut dire ce qui est, c'est utile de temps en temps. C'est le CS qui statue sur l'attribution des bourses de thèse. C'est le CS qui classe les projets "aide aux chercheurs" déposés par les personnels de la fac, et qui de temps en temps leur attribue quelques sous. Bref, l'endroit idéal pour le trafic d'influence. Quand je pense qu'Eva Joly a fait mettre des mecs en taule pour ce genre de chose...

C'est sans doute pour cela que les urnes du CS avaient été disposées en long, dans une espèce d'allée principale, large certes, mais nettement moins prestigieuse que la grande scène occupée par le CA. Comme dans les ministères, ceux qui avaient fini croisaient ceux qui arrivaient, et on se bousculait un peu le long des tréteaux.

 

Les grands perdants de la journée étaient les gens du CEVU [3]. Franchement, le CEVU... Vous avez déjà vu un président d'université qui trouvait ça important? Le CEVU (comme le CS d'ailleurs) n'a qu'un avis consultatif; et puis, il traite d'enseignement; dans une université, je vous demande un peu; on ne peut pas dire que ce soit vital, n'est-ce pas! Le CEVU, je vais vous dire: c'est un peu le coussin péteur de la fac. Vous savez, le machin mou et un peu rembourré, sur lequel on s'asseoit de façon quotidienne, machinalement et en confiance, jusqu'au jour où, de façon inattendue, ça fait un bruit incongru qui réveille tout le monde. Le CEVU, c'est un peu ça: c'est bon pour les losers, ceux qui n'ont pas réussi à trouver une place sur les listes du CA ou du CS. C'est probablement ce qui explique que le bureau électoral du CEVU avait été placé dans un couloir bien étroit, derrière une porte vitrée, au point géographiquement le plus éloigné de l'entrée du bâtiment. La seule raison pour laquelle on n'avait pas placé les types dans un placard, c'est que tous les placards étaient déjà pleins de balais. C'était peut-être un test de motivation? On était sûr en tout cas que celui ou celle qui avait voté au CEVU l'avait vraiment désiré.

 

Bref, j'ai pris mes bulletins, je suis allé dans l'isoloir, j'ai mis quelque chose dans l'enveloppe, j'ai glissé l'enveloppe dans l'urne, j'ai signé. Tout ça trois fois. Je suis repassé devant les mêmes tapineuses qu'à l'entrée, et puis je suis quand même rentré au labo travailler, parce qu'il paraît que c'est pour ça qu'on me paie (même si, depuis quelque temps, je ne suis plus certain que ma hiérarchie souhaite vraiment que je produise; mais c'est un autre débat). Une répétition de la présidentielle et des législatives, en quelque sorte.

 

Et le résultat, me demanderez-vous. Ma foi, on l'a attendu longtemps. Il a fallu 3 jours pour que les décomptes de voix soient annoncés. Il paraît que les opérations ont duré jusque 3 heures du matin, car les membres de la commmission électorale avaient oublié d'amener un ordinateur pour faire les calculs [4]. Que ceux qui savent encore faire une division à la main lèvent le doigt... Au final, les deux listes concurrentes sont à égalité presque parfaite. Et la semaine prochaine, elles vont se friter à nouveau, car il va falloir élire le président de l'université parmi les rescapés.

Bref: je suis allé au Bois; j'y ai vu à la fois les chevaux et les p...s. Mais on ne sait pas encore qui va être Madame Claude.

 

[1] CA: Conseil d'Administration

[2] CS: Conseil Scientifique

[3] CEVU: Conseil des Etudes et de la Vie Universitaire

[4] La détermination du nombre d'élus au CA fait intervenir un genre de proportionnelle au plus fort reste que je serais totalement incapable de vous expliquer.

04.04.2012

Elite de l'Elite (1)

Cette fois-ci, je vous la ferai par ordre chronologique inverse.  Pour ce retour inattendu, j'avais l'intention de parler dans l'ordre 1) du Labex-le-retour de mon labo, 2) des élections des trois conseils de mon université. Ce sera pour la prochaine fois: un directeur de Sciences-Po a raflé la vedette et choisi de faire la Une du Monde en ligne.

Sacrifions donc à la livite (prononcer laïvite, ou l'aïl-vite, ou l'aille-vite) ambiante. Je viens de l'inventer, mais livite, ça veut dire: manie du "live", c'est-à-dire tendance compulsive à vider son cerveau de toute pensée construite pour raconter n'importe quoi sur n'importe quel événement en train de se produire; l'important n'étant pas de dire quelque chose de pertinent, mais d'immédiat. Je suis conscient de commettre une faute de goût: pour la livite, il y a tweeter et autres outils cyberexhibitionnistes apparentés; m'épancher sur un blog, c'est ringard. D'un autre côté, c'est une question de visibilité: tweeter est déjà tellement monopolisé par Audrey Pulvar et Nadine Morano...

Le Monde aussi a la livite. Entre le moment où j'ai commencé à taper ce billet et la ligne actuelle, l'article a été rétrogradé, sur le site, de la première à la cinquième place. Mais Le Monde n'est plus ce qu'il fut, puisqu'on y trouve depuis pas mal de temps des fautes d'orthographe.

 Bref, livisons un peu.

Le directeur de Sciences-Po a donc passé l'arme à gauche. A New York. Dans un hôtel. Décidément, l'offre d'hébergement de la ville du 11 septembre, elle craint pour les élites françaises. Passons sur cette considération de bon goût et venons-en au fait.

Richard Descoings avait plusieurs fois fait les gros titres des journaux, version papier ou électronique. On se rappelle bien sûr la polémique autour de sa rémunération; le tollé soulevé par sa volonté de supprimer l'épreuve de culture générale au concours d'entrée de S-P; un peu moins, peut-être, parce que c'est plus ancien, sa réforme qui ouvrait le recrutement aux élèves des ZEP.

C'est d'ailleurs plutôt cette réforme-là que je me rappelle. Surtout parce qu'au moment des deux polémiques suivantes, c'est elle qui est revenue sur le tapis. Et je me souviens - vous vous souvenez aussi, d'ailleurs, sans doute - des commentaires que l'on pouvait trouver à ce sujet sur les forums des quotidiens en ligne - Libération, Le Monde, dont à cette péoque le forum n'était pas réservé uniquement aux abonnés - et sur les sites participatifs du genre Rue89.

S'il vous en souvient, à l'époque, ça eut donné. Il y avait ceux qui étaient pour la discrimination positive, il y avait les contre, ceux qui hésitaient, ceux qui s'en tapaient royalement. Il y avait ceux qui disaient que c'était un scandale de réduire à néant la méritocratie républicaine et le verdict sacré de l'examen; d'autres qui hurlaient à la reproduction consanguine et socialement surdéterminée des élites.

La tribune sans doute la plus désopilante au sujet de S-P est celle, écrite sur Rue 89, par un lecteur se faisant passer pour un gros nul réactionnaire (ici). C'est d'ailleurs elle qui m'amène au sujet véritable de ce billet.

Car ce qui était excellent, dans cette chronique, c'était non seulement le second degré, mais aussi les réactions des lecteurs. Et, finalement, ce n'était jamais que le reflet de la situation de Sciences-Po elle-même.

Sciences-Po n'a aucune importance en tant que telle. Que ce soit une bonne ou une mauvaise école est totalement hors sujet. Que le directeur soit trop bien ou trop peu payé est irrelevant, comme on dit. Que la discrimination positive instituée à l'entrée soit ou non une violation du principe d'égalité républicaine, on s'en tape. Faisons du Roland Barthes: ce qui est intéressant, ce n'est pas Sciences-Po: c'est tout ce qui se dit autour. Ce sont les animosités, les antagonismes, les présupposés sociaux - bref, les idéologies - qui s'exaspèrent et qui s'affrontent - souvent jusqu'à l'insulte - dans ce type de débat.

A l'époque des polémiques susdites, j'avais posté, sur les forums de Libé et du Monde (j'étais abonné en ligne), quelques questions qui ont vite été supprimées par les modérateurs:

  1. Faut-il se scandaliser du fait que Sciences-Po viole en apparence le principe d'égalité républicaine devant le concours? Ou plutôt se scandaliser qu'elle soit le passage quasi obligé et la garantie quasi automatique de l'accession au pouvoir en France?
  2. Faut-il se scandaliser du salaire du directeur, ou du montant des frais de scolarité, qui de facto (bon, d'accord, il y a paraît-il des boursiers) forme une barrière sociale?
  3. Faut-il s'étonner que Sciences-Po soit une voie privilégiée d'accession au pouvoir politique et institutionnel, ou plutôt que, lorsque l'on parle de "Sciences-Po", on oublie que l'on parle en fait de Sciences-Po Paris, et qu'il existe d'autres "succursalles", si j'ose dire (Rennes, Lille, etc.)? Ce qui sous-entend que, lorsque l'on n'est pas parisien, on est déjà mort socialement? N.B. J'en ai autant au service de Louis-le-Grand, Henri IV et d'autres au niveau des classes prépa scientifiques!

La moralité de cette histoire, (elle est super, ah ouais, je veux! [Renaud]), on la trouve finalement dans les gros titres, les Unes en ligne du Monde, de Libération (le journal de Sartre, m..., excusez du peu!).

L'ami Descoings, le symbole de la concentration institutionnalisée du pouvoir, de l'influence intellectuelle, avait aujourd'hui droit, chez tous ces gens-là, à des nécrologies du style héros de la patrie. Je n'aurais pas été au courant que c'était déjà fait, je me serais dit ce matin en ouvrant mon navigateur: "Ah mince, voilà que Jean Moulin est mort!"

Alors un coup de chapeau aux journaleux, mais pas seulement à eux: à leurs conférences de rédation, aux webmestres de leurs versions en ligne, bref à tous ces tâcherons de l'actualité: ils nous ont offert gratos une journée de deuil national en honneur de l'élite soi-disant républicaine.Je croyais que le poisson, c'était le 1er avril; eh bien non, c'était le 4.

Moyennant quoi, les mecs, mauvaise nouvelle: vous vous pensiez en République. Perdu! Aujourd'hui, on célèbre la mémoire d'un noble. C'est foutu, les gars: welcome back to le système féodal!


07.12.2011

Les petites phrases qui veulent tout dire

Dassault, une collusion avec pouvoir? Allons donc, où allez-vous chercher ça?

Il est pourtant de petites phrases qui révèlent tout. Aujourd'hui, c'est en page principale du site web du Monde que l'on trouve l'information: contrairement à ce que vous pensiez, Gérard Longuet n'est pas ministre de la Défense.

Il est porte-parole du groupe industriel Dassault et donc, en réalité, salarié du privé. En effet, c'est lui en personne qui livre cette information majeure pour la politique de l'entreprise: "Si Dassault ne vend pas de Rafale à l'Etranger, la production sera interrompue".

A part ça?

Rien, bien sûr. Ce gouvernement continue de prôner les vertus de la politique libérale et de la non-ingérence de l'Etat dans la sphère du privé. Dont acte.

14.12.2010

Idex, Labex, h-index, grosse m...ex !

Vous ne pouvez pas être passés à côté. La tendance, le must, que dis-je, le hype, de cette fin d'année, c'est le suffixe "ex".

Vous, je ne sais pas; mais chez moi (traduire: au sein du machin censément autonome depuis fin 2008 où j'essaie de remplir ma mission d'utilité publique, à savoir enseigner un peu d'ingénierie à des types qui prennent une calculatrice pour multiplier un nombre par 10), les chefs ne jurent que par ça. L'initiative d'excellence ("Idex"), les laboratoires d'excellence ("Labex") sont devenus les ovules  surdimensionnés autour desquels les spermatozoïdes se chicornent pour essayer d'obtenir la place.

Mon labo devait forcément en être. Peu importe que les Labex soient, sur le papier au moins, réservés aux labos notés A+ par l'Aeres, alors que nous avons été, cette année même, notés A. Au contraire; car un Directeur de Recherche (DR) d'un EPST que je ne nommerai pas, en charge du projet, a décidé que cette note, obtenue à l'arraché, nous placerait en position de leaders: il suffisait de monter un projet de Labex avec d'autres labos encore moins bien évalués que nous!

Ce qui fut fait. Nous avons ainsi vu se monter à une vitesse météorique un projet à peu près sans queue ni tête. Ceci dit, l'important n'a jamais été que ça serve à quelque chose. Nous avons calculé que, vu le nombre de labos impliqués dans ce projet et le nombre moyen de chercheurs par labo, le Labex rapporterait environ 1000 euros par chercheur et par an... Dans l'hypothèse, bien sûr, où il serait financé en totalité. Vu le nombre de réunions qui ont été convoquées entre les chefs de labo et leurs sbires en charge du dossier, il est à peu près probable que le pognon a déjà été bouffé sous forme de temps passé.

Le cadre A en charge du projet en a profité pour régler ses comptes. Il fallait, dans ce dossier de Labex, inventorier les "chercheurs à fort potentiel". Pour cela, deux critères ont été retenus: (i) le nombre de publications sur le dernier exercice quadriennal et (ii) le H-index. Cela a donné lieu à des foires d'empoigne entre labos, car un H-index de 7 ou 8 peut par exemple apparaître comme très bien pour une communauté très restreinte de modélisateurs (qui ne citent en général une publi que quand elle apporte quelque chose de très nouveau), alors que pour une population énorme de biologistes ou de médecins, il semblera totalement ridicule. Après moult tractations, tout le monde a fini par tomber d'accord sur une valeur seuil de 10.

Quelle coïncidence: le Cadre A en question (qui a mené les négociations sur ce point) a précisément un H-index de 10!

Cela lui a permis d'apparaître comme un chercheur à fort potentiel, alors qu'il ne fait plus de recherche depuis environ 15 ans. Néanmoins, la coutume de l'EPST dont il est issu veut que, lorsque quelqu'un balance une publi, tous les membres de l'équipe sont co-auteurs; surtout le chef d'équipe, même quand il ne fait rien. Etant chef d'équipe depuis 15 ans, il totalise probablement le nombre de publis le plus important de tout le labo. Le H-index est bien sûr en rapport.

Chose comique, aucun des auteurs véritables des publis qui ont permis à ce DR de figurer dans la liste d'excellence n'a été inclus dans cette liste. On se retrouve ainsi dans la situation où un DR à 5 ou 6 ans de la retraite, qui ne fait plus de recherche depuis 15 ans, est qualifié de "chercheur à fort potentiel"; alors que ceux qui ont fait le boulot et lui ont permis de prétendre à ce statut en sont exclus.

Pourquoi ce billet? Tout simplement par fierté mal placée. Je suis assez content de voir confirmée, une fois de plus, une maxime que vous retrouverez probablement en tête de ce blog, si vous avez le courage de remonter le temps:

"Pour réussir, ne jamais travailler; faire travailler les autres".

Mais bon; comme maxime, ça fait tellement système capitaliste, actionnaire de grand groupe, trader de banque londonienne, gestionnaire de hedge funds... Je me demande si je ne vais pas perdre toute crédibilité auprès de mon lectorat!

 

P.S. Votre humble serviteur n'a pas été retenu sur cette liste. Tout d'abord parce que son H-index était sous-estimé (d'un facteur 2 environ), ce qui le mettait hors jeu; ensuite, parce, convaincu de l'ineptie totale du H-index en question, il a refusé d'en fournir la vraie valeur, ce qui l'aurait inclus dans les tableaux. Or, il s'était fixé comme objectif de ne surtout pas y figurer. Il a donc la satisfaction de passer pour un gros nul aux yeux de son laboratoire, qui a bien sûr noté son absence flagrante du bottin des élus. Moyennant quoi, étant reconnu comme un branquignol notoire, plus personne ne lui adresse la parole, ne lui demande de remplir des tableaux d'indicateurs débiles et des projets de recherche foireux en dernière minute, et il peut enfin travailler tranquille.

P.P.S. Remarquez, il paraît que le projet de Labex est à peine envoyé au ministère qu'il faut déjà ouvrir le prochain dossier: l'étape suivante, c'est l'IRT.

30.07.2010

Loi LRU et Conseil constitutionnel

Le Conseil constitutionnel vient juste de décider que la garde à vue de droit commun était inconstitutionnelle.  Le gouvernement a un an pour revoir sa copie, cf. article du Monde et petite analyse sur Rue89.

On apprend dans le même temps que le volet "recrutement" de la loi LRU est également en train de passer devant le même Conseil. En cause: la possibilité pour le CA d'une université de modifier totalement le classement établi par les comités de sélection, ce qui au vu des compétences bien connues desdits CA en matière scientifique, serait effectivement une entorse au principe de sélection par les pairs. Comme conséquence de la prérogative du CA de se mêler de ce qu'il ne comprend pas, on citera la fameuse affaire de l'université de Metz par exemple.

L'article du Monde est un peu boiteux: on n'arrive pas à comprendre si par "professeurs" l'auteur de l'article désigne en fait tous les enseignants (PR et MCF donc), mais dans l'essentiel le principe y est.

A consulter également, sur le site du Monde, les réactions des lecteurs, qui bien que peu nombreuses pour l'instant, ne manquent pas de sel (anecdotes garanties). Je précise que, bien que le commentaire du dénommé Pol reflète totalement ce qui se passe dans mon labo, ce n'est pas moi qui ai écrit cette réaction!

28.07.2010

Comment parler le Bureaucrate

Il y a comme ça des langues plus difficiles à apprendre que d'autres. Le Chinois, par exemple, ou le Japonais, sont paraît-il extrêmement longues à maîtriser pour les occidentaux. Personnellement, je n'ai pas essayé; je sais par contre qu'une autre langue, beaucoup plus proche sur le plan géographique, m'est cependant inaccessible à jamais.

J'entends par là que je ne saurai jamais parler le Bureaucrate. Si vous voulez savoir ce que peut donner un orfèvre en la matière, je vous conseille la lecture des pages 32-33 du Journal du CNRS, numéro de juillet-août 2010 (lien en fin de ce billet). Un expert ès-Bureaucratie nous y délivre quelques éléments de langage. Au menu, rien que de l'artistique. Je ne parle pas seulement du vocabulaire, mais aussi de la syntaxe. Voyez plutôt...

  • "Comme l'efficacité [...] passe nécessairement par le croisement des logiques scientifiques et gestionnaires"
  • "[...] le décret a affirmé le CNRS en tant que réseau. La DGD-R [...] contribue à l'animation et à la dynamique de ce réseau [...] elle [...] fluidifie le dialogue de gestion."
  • "... il convenait de mettre fin à une certaine atomisation des structures et des processus... "
  • "... il s'agit de déplacer les périmètres d'action..."
  • "... nous serons à pied d'oeuvre pour les grands chantiers qui nous attendent afin d'affirmer loe CNRS comme figure de proue des évolutions de la recherche française."

Et les lendemains chanteront... L'Homme, libre enfin de ses chaînes, se dressera vers un avenir radieux et une ère nouvelle. Enfin, tout ça, quoi...

Je vous vois saliver d'ici. Chasseurs de têtes, directeurs de grands groupes, vous voulez tous savoir le nom de ce petit prodige, que vous rêvez sans aucun doute de débaucher.

Il s'appele Xavier Inglebert, mais vous arrivez trop tard. Son coeur n'est plus à prendre. Il est en effet devenu directeur de la Direction Générale Déléguée aux Ressources, que nous connaissons tous sous le sigle DGD-R. Pour d'autres sigles que nous connaissons tous, voir les mêmes pages 32-33. Vous y retrouverez la DGD-S, la DCIF (ce n'est pas un produit de ménage), la DSFIM, le BPC, l'Ipam, sans compter l'Urec et la désomais fameuse DSI. Ah pardon, j'oubliais le Cesi...

Pour l'intégralité de son speech, voir ici: 20100728120918022.pdf. Je vous laisse dévorer son discours, qui ravirait sans doute un sémiologiste.

Ah, Roland Barthes! Tu nous manques... Si tu n'avais pas raté ce type d'une petite trentaine d'années, tu nous l'aurais sans doute placé quelque part dans ta 25ème édition de Mythologies...

15.07.2010

Mon affaire Woerth à moi (suite)

Juste une info rapide, pour faire suite à la note précédente:

  1. Bien-Gentil et Jeunot ont obtenu la bourse de thèse de l'Ecole doctorale pour leur candidat;
  2. mais je vous rassure, Brutus et Calimero également! Avec un candidat qui n'était au départ pas issu de l'Ecole doctorale. Ce qui, je vous le rappelle, était la raison invoquée l'année dernière pour "gicler" le candidat de Bien-Gentil et Jeunot du concours...

Calimero se retrouve donc avec une 5 thèse en cours d'encadrement; c'est normal, cela fait 4 ans qu'il n'a rien publié. Je l'ai appris récemment, la direction du labo a fait des pieds et des mains pour lui accorder ces 5 bourses, "afin de l'aider"...

Comme le disait un compagnon troufion d'infortune pendant le service militaire: "On n'est pas beaucoup payés, mais qu'est-ce qu'on rit!"